Nouvelles sur le sodium

« Un grain de vérité à propos du sel » et autres articles trompeurs à prendre avec un grain de sel

Au cours des derniers mois ont paru dans les grands médias plusieurs articles qui font croire que le niveau élevé de sodium dans notre alimentation ne devrait pas nous préoccuper et même qu’un apport faible en sodium pourrait être dangereux pour notre santé. Ces articles ont paru à la suite d’études publiées récemment dans la littérature scientifique.

Ce qui n’a pas autant retenu l’attention des médias ce sont les réactions de la communauté scientifique, qui a largement condamné ces études. En mai, le Journal of the American Medical Association publiait une étude européenne réalisée par Stolarz-Skrzypek et collègues, qui établissait un lien entre un régime alimentaire faible en sodium et un risque accru de décès de cardiopathie. Des scientifiques de l’École de santé publique de l’Université Harvard ont réagi en déclarant que l’étude reposait sur « des données scientifiques sans fondement ».[1] Par ailleurs, des lettres de lecteurs[2] du JAMA et un commentaire publié en août dans Kidney International[3] analysant l’étude de Stolarz-Skrzypek, ont souligné d’importants problèmes de méthodologie.

L’American Journal of Hypertension publiait en juillet dernier une revue qui contestait les bienfaits d’une réduction du sodium alimentaire. Un des journaux médicaux les plus prestigieux, The Lancet y donnait rapidement suite en notant les questions soulevées par l’approche scientifique et les conclusions erronées des auteurs.[4]

Malgré la réfutation rapide dans la littérature scientifique, les grands médias ont continué à publier des articles donnant à penser qu’un faible apport de sodium peut être dangereux. Par exemple, la revue Maclean’s publiait le 15 septembre dernier un article sous le titre « Une pincée de réalité à propos du sodium. La guerre contre le sel que mène Santé Canada a ses détracteurs qui disent qu’une alimentation faible en sodium peut être dangereuse pour votre santé ».[5] Cet article trompe le public en mettant de l’avant des études récemment publiées sans mentionner qu’il s’agit d’observations aberrantes qui ont été fortement critiquées. De plus, la revue laisse entendre par erreur que les bienfaits d’une baisse du sodium alimentaire pour la santé ne sont pas largement appuyés par la communauté scientifique. Même s’il s’avère que les scientifiques et cliniciens cités par Maclean’s n’appuient pas une réduction du sodium, il est faux que « de nombreux scientifiques croient qu’un régime alimentaire à haute teneur en sodium est meilleur pour notre corps ». La revue poursuit sa désinformation en décrivant les détracteurs comme des universitaires indépendants, sans divulguer leurs relations avec l’industrie alimentaire et du sel qui sont potentiellement une source de conflit d’intérêt.

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Réunion de haut niveau des Nations Unies sur les maladies non transmissibles

Il ne s’agit peut être pas une coïncidence si les articles négatifs dans les revues scientifiques et d’intérêt général ont paru peu de temps avant une réunion de haut niveau des Nations Unies sur les maladies non transmissibles qui avait lieu à New York, les 19 et 20 octobre dernier, et à laquelle participaient des chefs d’État et de gouvernement de partout au monde. Ce n’est que la deuxième fois dans son histoire que l’ONU a mis à l’ordre du jour d’une réunion de haut niveau les enjeux de la santé mondiale et en particulier ceux des maladies cardiovasculaires (maladies du cœur et accident vasculaire cérébral), des maladies respiratoires chroniques, du cancer et du diabète. Les préparatifs de la réunion avaient fait l’objet d’intenses pressions de la part des lobbyistes sur ce que devraient être les domaines prioritaires d’intervention pour la prévention et la prise en charge des maladies non transmissibles à l’échelle planétaire. La réduction du sel (sodium) figurait au premier rang dans la résolution adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies à cause de son énorme impact potentiel. Les lobbyistes des fabricants d’aliments et de boissons ont toutefois réussi à obtenir que la résolution finale ne propose ni cibles ni échéances précises. La Résolution sur la prévention et maîtrise des maladies non transmissibles a été appuyée par 194 gouvernements, dont le Canada (en voici un extrait) :

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« Réduction des facteurs de risque et instauration d’environnements sains…

(f) Promouvoir l’application de l’ensemble de recommandations de l’OMS sur la commercialisation des aliments et boissons non alcoolisées destinés aux enfants, y compris les aliments riches en graisses saturées, en acides gras trans, en sucres libres ou en sel, sachant que les recherches montrent que les aliments pour enfants font l’objet de campagnes publicitaires intenses, qu’une forte proportion des aliments ainsi promus ont une teneur en graisse, en sucre ou en sel élevée et que les publicités diffusées à la télévision influencent les préférences alimentaires, les demandes d’achat et les habitudes de consommation de l’enfant, et compte tenu, le cas échéant, de la législation et des politiques nationales en vigueur;

(g) Promouvoir l’élaboration ou entreprendre la mise en œuvre, selon qu’il conviendra, d’interventions d’un bon rapport de coût-efficacité visant à réduire la consommation de sel, de sucre et de graisses saturées, et à éliminer les gras trans dans les aliments de fabrication industrielle, y compris en décourageant la production et la commercialisation d’aliments contribuant à des régimes alimentaires nocifs pour la santé, compte dûment tenu de la législation et des politiques en vigueur;… »[6]

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L’Académie des sciences américaine publie son rapport sur l’étiquetage sur le devant de l’emballage des aliments.

Le Congrès américain a demandé à la US National Academy Institute of Medicine d’examiner le système de cotation et les symboles utilisés sur le devant des emballages des aliments destinés à promouvoir les « choix santé ». Dans son rapport diffusé le 20 octobre dernier, l’institut a conclu que les renseignements figurant sur le devant des emballages seraient les plus utiles pour les consommateurs s’ils ne mettaient de l’avant que les aspects clés du régime alimentaire relatifs à la santé : les calories, les gras saturés, les gras trans et le sodium.[7] Le rapport rejette l’opinion inlassablement répétée par l’industrie alimentaire qu’il n’existe pas d’aliment nocif mais seulement une alimentation malsaine, en recommandant que le message sur le devant de l’emballage guide le consommateur quant à la « salubrité relative » de l’aliment plutôt que de ne fournir que des renseignements nutritionnels. Comme il est nécessaire d’harmoniser l’étiquetage des aliments à l’échelle des marchés nord-américains, ce rapport aura vraisemblablement une incidence sur les aliments vendus au Canada à l’avenir. Un prochain rapport de la US National Academy Institute of Medicine recommandera probablement un concept unique de système normalisé de messages guidant les consommateurs sur le devant des emballages des aliments, système qui serait appliqué par la US Food and Drug Administration.

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L’American Heart Association (AHA) publie une fiche documentaire sur le sodium dans l’alimentation des enfants.

La fiche fort bien conçue diffusée par l’AHA établit le bien-fondé et souligne l’importance de réduire l’apport de sodium chez les enfants.[8]

 


[1] http://134.174.190.199/nutritionsource/salt/jama-sodium-study-flawed/index.html

[4] http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)61174-4/fulltext#article_upsell

[5] ww2.macleans.ca/2011/09/15/a-pinch-of-reality/

[7] http://www8.nationalacademies.org/onpinews/newsitem.aspx?RecordID=12957

[8] http://healthyamericans.org/health-issues/wp-content/uploads/2011/10/Sodium-Fact-Sheet.pdf